Mis à jour le 03 Août 2026
À l’occasion de la vingtième édition du Monte-Carlo Jazz Festival, Alfonso Ciulla, directeur artistique de Monte-Carlo Société des Bains de Mer, revient sur l’histoire et la singularité de ce rendez-vous d’automne désormais inscrit parmi les grands festivals européens. Entre figures légendaires, nouvelles voix, patrimoine d’exception et goût de la découverte, il défend une vision ouverte du jazz, fidèle à son héritage mais résolument tournée vers l’avenir.
Vingt ans, cela marque une histoire. Que représente cet anniversaire pour vous, en tant que directeur artistique, mais aussi pour Monte-Carlo Société des Bains de Mer ?
Alfonso Ciulla : L’étape est importante. C’est naturellement le moment de regarder le chemin parcouru, mais aussi de se projeter vers l’avenir. En tant que directeur artistique, je ressens avant tout une grande fierté : celle d’avoir vu le Monte-Carlo Jazz Festival grandir, évoluer et s’imposer comme un rendez-vous incontournable, tout en demeurant fidèle à son identité et en sachant se réinventer à chaque édition. Depuis vingt ans, le festival a eu le privilège d’accueillir des artistes d’exception, de révéler de nouvelles voix et de partager avec le public des moments uniques. Sa singularité repose précisément sur cette rencontre entre les légendes du jazz, les talents émergents et un public fidèle, curieux et exigeant.
Pour Monte-Carlo Société des Bains de Mer, cet anniversaire témoigne d’un engagement constant en faveur de la création artistique et de l’excellence. La musique fait partie intégrante de l’expérience que nous souhaitons offrir : une expérience dans laquelle l’émotion, l’élégance et le partage occupent une place centrale. Célébrer cette vingtième édition, c’est donc remercier toutes celles et tous ceux qui ont contribué à écrire cette histoire. C’est aussi réaffirmer notre ambition : continuer à faire du Monte-Carlo Jazz Festival une référence internationale, toujours fidèle à l’esprit du jazz, à la fois exigeant, libre et profondément vivant.

Comment le festival a-t-il acquis sa légitimité dans le paysage des grands rendez-vous de jazz en France et en Europe ?
Alfonso Ciulla : La légitimité ne se décrète pas. Elle se construit dans le temps, avec constance. Depuis vingt ans, le Monte-Carlo Jazz Festival a su gagner la confiance des artistes, du public et des professionnels grâce à une ligne artistique exigeante, cohérente et fidèle à l’esprit du jazz. Avec Reno Di Matteo, nous avons toujours privilégié la qualité à la quantité. Nous invitons des musiciens qui comptent dans l’histoire du jazz, mais aussi des artistes qui en repoussent les frontières et ouvrent de nouvelles perspectives. Cette exigence artistique, associée au cadre exceptionnel de l’Opéra de Monte-Carlo et à l’excellence portée par Monte-Carlo Société des Bains de Mer, a permis au festival de se distinguer naturellement dans le paysage européen.
Notre identité repose également sur une certaine liberté. Le jazz est une musique vivante, qui dialogue avec la soul, le blues, les musiques du monde ou encore les sonorités contemporaines. Cette ouverture nous permet de proposer une programmation ambitieuse, sans jamais nous éloigner de l’ADN du festival.
La reconnaissance dont il bénéficie aujourd’hui est le fruit d’un travail de fond, conduit avec passion et régularité. Le plus beau signe de cette légitimité réside sans doute dans la fidélité des grands artistes qui reviennent jouer à Monte-Carlo, mais aussi dans celle d’un public venu de Monaco, de la région et de toute l’Europe, partageant avec nous la même exigence et le même plaisir de la découverte.

Le jazz possède une identité forte, mais ses frontières avec les musiques du monde, la pop ou l’électro sont de plus en plus poreuses. Quelle ligne artistique défendez-vous ?
Alfonso Ciulla : Le jazz est une musique qui n’a jamais cessé d’évoluer. Son histoire est celle de la rencontre, du métissage, de l’improvisation et de la liberté. Il dialogue donc naturellement avec la soul, le funk, les musiques du monde, la pop ou les sonorités électroniques.
Ma ligne artistique consiste avant tout à rester fidèle à cet esprit. Je ne cherche pas à enfermer le jazz dans une définition figée, mais à mettre en lumière des artistes qui en portent les valeurs : l’exigence musicale, la créativité, le goût du risque et l’émotion. Qu’ils viennent du jazz traditionnel ou qu’ils explorent de nouveaux territoires, tous doivent posséder une véritable personnalité artistique. C’est cette singularité qui importe.
Le Monte-Carlo Jazz Festival est un lieu de rencontres et de découvertes. Nous faisons dialoguer des figures emblématiques, qui ont marqué l’histoire du jazz, avec une nouvelle génération de musiciens qui réinvente les codes et ouvre de nouvelles perspectives. Cette diversité est une richesse, à condition d’être portée par une véritable cohérence artistique. Notre ambition est de proposer une programmation qui surprenne, qui réunisse les styles et les générations, tout en restant fidèle à ce qui constitue l’essence du jazz : la liberté, le partage et l’excellence musicale. C’est cet équilibre entre héritage et innovation qui donne son identité au festival et qui, je crois, explique son succès depuis vingt ans.
Un festival de jazz dans une salle d’opéra demeure assez peu banal. Les artistes sont-ils sensibles à cet écrin ?
Alfonso Ciulla : Absolument. C’est même l’une des signatures du Monte-Carlo Jazz Festival. L’Opéra de Monte-Carlo est un lieu chargé d’histoire, d’une beauté exceptionnelle, qui crée une proximité rare entre les artistes et le public. Cette atmosphère transforme chaque concert en un moment privilégié. Il faut d’ailleurs saluer l’intuition de Jean-René Palacio, qui a imaginé ce festival dans ce sublime écrin il y a vingt ans.
Les musiciens sont souvent impressionnés lorsqu’ils découvrent la Salle Garnier pour la première fois. Son architecture, son acoustique et son élégance en font un lieu unique, très différent des grandes salles ou des festivals en plein air.
Beaucoup nous disent qu’ils ressentent immédiatement l’âme de la salle et que celle-ci influence leur manière de jouer. Il s’y crée une écoute particulière, une intensité, presque une intimité, qui favorise l’improvisation et l’émotion. C’est aussi ce qui fait la singularité du festival. Nous proposons une expérience dans laquelle le patrimoine rencontre la création, où un lieu emblématique accueille une musique profondément vivante et en perpétuelle évolution. Ce dialogue entre l’histoire de l’Opéra et la liberté du jazz produit une alchimie très particulière, que les artistes comme le public apprécient énormément.

Au cours de ces vingt dernières années, quels artistes ont le plus contribué à forger l’identité du festival ?
Alfonso Ciulla : Il serait difficile de ne citer que quelques noms sans être injuste envers tous les artistes qui ont marqué son histoire. Chacun, à sa manière, a contribué à construire l’identité du Monte-Carlo Jazz Festival. Cela étant, certaines grandes figures ont laissé une empreinte particulière. Des artistes comme Herbie Hancock, Chick Corea, Marcus Miller, Diana Krall, George Benson ou Dee Dee Bridgewater ont incarné cette exigence artistique et cette capacité à toucher un public très large, tout en demeurant profondément fidèles à l’esprit du jazz.
Mais l’identité du festival ne s’est jamais construite uniquement autour des grandes légendes. Elle repose aussi sur des rencontres inattendues, des créations originales, des découvertes et des artistes qui ont su faire évoluer les frontières du genre. C’est cette diversité qui fait notre singularité.
Fondamentalement, ce qui donne son identité au festival depuis vingt ans, ce sont avant tout les émotions partagées dans la Salle Garnier. Ces soirées où un artiste, un lieu et un public se rencontrent d’une manière presque magique. Ce sont ces moments-là qui demeurent dans les mémoires. Ce sont eux qui donnent envie aux artistes de revenir et au public de nous rester fidèle, année après année.

Comment imaginez-vous le Monte-Carlo Jazz Festival dans vingt ans ?
Alfonso Ciulla : J’espère avant tout qu’il aura su rester fidèle à son identité. Un festival ne dure pas vingt, quarante ou cinquante ans parce qu’il suit les tendances, mais parce qu’il sait évoluer sans renoncer à ce qui fait son âme. Dans vingt ans, j’imagine un Monte-Carlo Jazz Festival toujours aussi exigeant sur le plan artistique, capable d’accueillir les plus grands noms comme les talents qui écriront le jazz de demain.
Le jazz continuera d’évoluer, de dialoguer avec d’autres esthétiques et de se réinventer. Le festival devra rester ce lieu de liberté, de curiosité et de découverte.
J’espère également qu’il continuera à offrir cette expérience si particulière, que l’on ne retrouve nulle part ailleurs : celle d’un concert dans la Salle Garnier, où le prestige du patrimoine rencontre l’énergie de la création. Cette alchimie entre un lieu d’exception, des artistes inspirés et un public passionné constitue notre plus grande richesse.
Si, dans vingt ans, le Monte-Carlo Jazz Festival est toujours reconnu comme un rendez-vous incontournable, où l’on vient autant pour l’excellence de la programmation que pour l’émotion des moments vécus, alors nous aurons réussi notre mission. La plus belle manière de préparer l’avenir consiste à continuer de faire vivre le jazz avec la même passion, la même exigence et la même envie de surprendre.
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