Sebastian Steudtner - Monaco
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Sebastian Steudtner : « Je cherche à repousser Les limites du possible »

Mis à jour le 07 Septembre 2026

Détenteur du record du monde de la plus haute vague jamais surfée, Sebastian Steudtner, résident monégasque, appartient à ce cercle très fermé de sportifs pour lesquels la performance n’est pas une fin en soi, mais un territoire à explorer.

À Monaco, loin des tempêtes et de l’adrénaline qui rythment sa vie professionnelle, le surfeur allemand continue de traquer des vagues toujours plus hautes, notamment celle de 50 mètres, qu’il estime être la hauteur maximale que l’océan puisse produire. Autour de cette quête, il réunit les forces et les compétences pour créer la Fondation Wavexplorer, un écosystème de scientifiques, ingénieurs, partenaires et philanthropes. L’objectif ? Comprendre mieux les vagues et transmettre ce que des années d’expérience dans des conditions extrêmes peuvent apprendre. Alors que quarante cargos disparaissent chaque année en mer, et que de nombreux autres bateaux connaissent le même sort, Wavexplorer entend contribuer à répondre à des questions encore irrésolues, en recueillant des données jusqu’à maintenant jamais mesurées et ainsi améliorer la sécurité en mer.

Sebastian Steudtner est, par ailleurs, très attaché à la transmission, essentielle selon lui pour développer la confiance en soi, la confiance dans les autres et la volonté de croire en ses rêves. Cette conviction s’incarne dans WeMakeWaves Wir Machen Welle e.V.), l’association qu’il a fondée pour transmettre ces valeurs aux enfants et aux jeunes, enrichir leur expérience et les aider à trouver leur place dans la société.

Rencontre avec un athlète devenu explorateur, à la croisée du sport, de la science et des valeurs humaines.

 

Après avoir surfé une vague de 26,21 mètres à Nazaré (Portugal) en 2020, puis une autre, encore plus haute, mesurant 28,57 mètres en 2024, quel nouveau défi sportif vous êtes-vous fixé ?

Sebastian Steudtner : Mon objectif est de surfer une vague de 50 mètres. À mes yeux, il s’agit probablement de la hauteur maximale qu’une vague puisse atteindre dans l’océan. Je n’ai été témoin d’un tel phénomène qu’une seule fois, il y a une quinzaine d’années. J’aimerais retrouver ces conditions et relever au moins une fois ce défi ultime. C’est à cela que je pense lorsque je m’entraîne chaque jour.

Ce serait un record phénoménal…

Sebastian Steudtner : Le titre ne m’intéresse pas vraiment. Je cherche simplement à repousser les limites du possible. C’est ce qui m’a toujours animé. J’aime définir mes propres limites et tenter de les dépasser.

Où peut-on espérer trouver des vagues de 50 mètres ?

Sebastian Steudtner : Les données scientifiques recueillies cette année autour d’El Niño laissent penser que ce phénomène naturel pourrait atteindre une intensité exceptionnelle. Certaines zones du Pacifique, au large de l’Amérique du Nord, pourraient donc générer des vagues gigantesques. C’est à la fois une quête, un projet de recherche et une expédition. Pour l’instant, mon équipe et moi concentrons nos efforts sur l’Atlantique Nord et le Pacifique Nord.

Que pourrait apporter sur le plan scientifique l’étude d’une vague aussi extrême ?

Sebastian Steudtner : Surfer une telle vague permettrait de recueillir des données scientifiques qui n’ont encore jamais été mesurées. L’objectif est de créer un véritable observatoire afin de comprendre comment se forment les vagues, dans quelles zones elles apparaissent, quelle est leur dynamique et quelle quantité d’énergie elles transportent.

C’est l’un des axes majeurs de Wavexplorer. Environ quarante cargos disparaissent chaque année, tandis que le nombre total de bateaux qui sombrent en haute mer est encore plus élevé. J’espère qu’un projet comme le nôtre pourra contribuer à répondre à certaines questions, à réduire les risques et à tracer des routes maritimes plus sûres.

 

© : Lukas Mengler

 

Sebastian Steudtner - Monaco

Le projet Wavexplorer marque-t-il un tournant dans votre carrière ?

Sebastian Steudtner : Ce projet représente davantage l’évolution naturelle de mon parcours, à la fois comme sportif et comme personne. À Nazaré, en surfant les plus grosses vagues du monde, j’ai beaucoup expérimenté, appris et progressé. Je me suis intéressé à la sécurité, aux avancées techniques, aux records du monde, à la cartographie des zones de performance, ainsi qu’à l’approche scientifique de la dynamique des vagues.

Toutes ces recherches ont constitué une grande partie de mon travail ces dernières années. Aujourd’hui, je veux mettre ces connaissances à profit à travers une fondation qui va s’appeler la « Wavexplorer Foundation ». C’est un écosystème dédié à l’exploration, à l’inspiration et à l’innovation technologique, fondé sur une nouvelle approche de l’étude des vagues.

Comment fonctionne cet écosystème ?

Sebastian Steudtner : Nous travaillons avec un conseil scientifique dirigé par Sieglinde Gruber, ancienne commissaire des Nations Unies. J’ai réuni une équipe que je considère comme l’une des plus compétentes au monde dans le domaine de la recherche sur les vagues.

Parallèlement, j’ai constitué un réseau réunissant sponsors, fondations, philanthropes et entreprises innovantes. Wavexplorer est une plateforme en constante évolution, à la croisée de plusieurs domaines : la production de contenus, notamment de documentaires en ligne, la recherche scientifique, la technologie, l’innovation, ainsi que la création et la collecte de données. C’est tout un écosystème.

Quelle préparation vous a permis de surfer la plus haute vague jamais surfée ?

Sebastian Steudtner : Il est difficile de citer un programme d’entraînement en particulier. Ce résultat est l’aboutissement de tout ce qui l’a précédé. Il y a bien sûr la préparation physique et le travail quotidien avec mon équipe, mais je veux surtout souligner le rôle d’Eric Ribière, mon partenaire en surf de grosses vagues depuis plus de dix ans. C’est lui qui m’emmène au cœur des vagues à bord d’un jet-ski.

Nous travaillons beaucoup sur le matériel afin de l’adapter à mes besoins et de l’améliorer en permanence. J’ai testé environ quatre-vingts formes de planches de surf, mais je n’en utilise que trois ou quatre chaque année.

Les jet-skis sont eux aussi entièrement personnalisés. Leurs moteurs sont plus puissants que ceux des modèles standards et ils sont capables de naviguer dans les eaux bouillonnantes.

 

© : Joaocordass

 

Sebastian Steudtner - Vagues - Monaco

Quelle logistique faut-il ?

Sebastian Steudtner : C’est une véritable entreprise. La sécurité en est le pilier central. Autour d’elle s’organisent la gestion du projet, la production, les infrastructures, le stockage, ainsi que la maintenance des jet-skis, des véhicules d’assistance et de tout le matériel mécanique.

Comment vous préparez-vous mentalement ?

Sebastian Steudtner : La force mentale vient naturellement lorsque le travail a été fait et que tout est en place. Je peux alors visualiser précisément l’endroit où je veux aller.

Puis vient le moment où je me retrouve dans l’eau, pleinement engagé. Il existe un paradoxe entre la puissance de l’océan, qui nous rappelle notre condition quasi insignifiante d’êtres humains, et cette volonté de défier la vague. Il y a quelque chose de presque schizophrénique dans le fait de jouer avec ce paradoxe et de le pousser à son paroxysme. Mais c’est aussi ce qui rend l’expérience si exaltante.

La préoccupation première, c’est la sécurité, n’est-ce pas ?

Sebastian Steudtner : C’est une question essentielle, qui occupe constamment mes pensées. Je suis moi-même en première ligne, mais mon équipe, qui compte environ trente personnes, est également impliquée. Plus largement, notre sport tout entier doit progresser dans ce domaine.

Depuis 2010, j’ai mis en place à Nazaré un système de sécurité avec le Dr Axel Haber, ancien membre de la Marine allemande. Nous avons élaboré un protocole permettant de récupérer et de stabiliser une personne blessée en moins de cinq minutes. Le dispositif fonctionne comme une ambulance entièrement équipée, avec deux médecins, quatre urgentistes et quatre autres médecins en renfort.

La sécurité reste une question fondamentale, d’autant que le surf de grosses vagues ne bénéficie toujours pas d’un encadrement adapté ni d’infrastructures appropriées.

En Allemagne, je dirige également WeMakeWaves, qui apprend aux enfants à surfer. Le programme commence par l’apprentissage de la natation et la sensibilisation aux risques liés à la mer, mais il s’agit surtout de leur donner des outils qui vont bien au-delà de l’eau : la confiance en soi, la confiance dans les autres et la conviction qu’ils peuvent aller au bout de ce qu’ils désirent.

 

© : Lukas Mengler

 

Sebastian Steudtner - Monaco

Pensez-vous que le surf soit suffisamment connu et reconnu ?

Sebastian Steudtner : C’est un sport fondamentalement positif et j’aimerais qu’il suscite davantage d’intérêt. Les grandes marques l’utilisent régulièrement pour leur image. L’un des exemples récents les plus visibles a été la collection homme Printemps/Été 2027 de Louis Vuitton, présentée en juin dernier à Paris. Le surf était au cœur du défilé, avec une immense vague artificielle de huit mètres de haut.

Le surf trouve également un écho profond auprès des amoureux de la nature, des aventuriers ou, tout simplement, de ceux qui aspirent à un mode de vie plus équilibré. Cela se voit clairement dans la manière dont nos contenus sont accueillis et perçus. Au total, ils touchent des milliards de personnes à travers le monde, et les vidéos de records du monde y jouent un rôle important : ce sont de véritables contenus intemporels, qui continuent d’être découverts et regardés des années après leur tournage. Nous développons également actuellement une grande série destinée au streaming autour de Wavexplorer, dont l’acteur australien Chris Hemsworth est notamment producteur exécutif. Il correspond parfaitement à ce public, et sa participation en dit long sur l’évolution de la culture surf.

Par ailleurs, le surf bénéficie d’une réelle popularité et continue de se structurer grâce aux écoles et aux moniteurs. Il reste toutefois encore beaucoup à faire. Ce sport possède sa propre histoire et mérite d’être apprécié pour ses valeurs intrinsèques, d’autant qu’il véhicule des messages essentiels sur la préservation des mers et des océans.

Aimez-vous naviguer ?

Sebastian Steudtner : Oui. J’aimerais naviguer davantage et devenir un meilleur skipper. Mon rêve serait de partir en bateau vers des destinations très lointaines afin de découvrir de nouveaux spots de surf. Boris Herrmann et moi avons également envisagé d’organiser une expédition ensemble à bord du Malizia Explorer*.

À quoi ressemble votre entraînement physique à Monaco ?

Sebastian Steudtner : Je me lève très tôt. Après avoir promené ma chienne, Moana, je m’entraîne pendant trois heures. Je prends ensuite mon petit-déjeuner, j’organise mes rendez-vous, puis je reprends l’entraînement pendant encore deux ou trois heures.

Je travaille principalement le cardio — vélo, course à pied, vélo elliptique, rameur ou natation, mais aussi la musculation et l’équilibre. En fin de journée, j’aime me détendre sur la plage avec ma compagne.

 

© : Lukas Mengler

 

Sebastian Steudtner - Monaco

Pourquoi avez-vous choisi de vivre à Monaco ?

Sebastian Steudtner : Monaco est l’endroit idéal pour moi car je peux m’y sentir en accord avec mes ambitions et mon mode de vie. La Principauté est presque l’exact opposé de mon univers professionnel, fait de tempêtes, de pression, d’adrénaline, de responsabilités et de risques.

La Riviera est également l’une des régions les plus remarquables au monde par son histoire, son dynamisme et les personnalités visionnaires, sportives ou créatives qui y vivent et y ont accompli des choses importantes.

L’histoire de l’exploration océanique menée par le Prince Albert Ier occupe évidemment une place importante dans la vision que j’ai de Monaco. Elle est particulièrement inspirante pour quelqu’un qui, comme moi, cherche constamment à repousser les limites du possible.

J’ai également eu la chance d’échanger directement avec le Prince Albert II au sujet de Wavexplorer. Compte tenu de son engagement personnel en faveur de la protection des océans, c’est naturellement un sujet qui résonne en lui dans une perspective monégasque, et ces échanges se sont révélés réellement précieux pour faire évoluer le projet.

Le littoral méditerranéen n’est-il pas à l’opposé de ce que vous recherchez ?

Sebastian Steudtner : Je voyage pour chercher des vagues. Alors, quand je rentre chez moi, j’apprécie le calme. C’est le bon équilibre pour moi.

Quels sont vos trois endroits préférés dans la Principauté ?

Sebastian Steudtner : La mer, notamment lorsqu’on l’observe depuis le toit du Musée océanographique ; le Yacht-Club de Monaco, qui est à la fois mon lieu d’entraînement et mon centre logistique ; et… mon appartement.

 

© : Lukas Mengler

 

Sebastian Steudtner - Monaco

* Boris Herrmann est un skipper allemand, membre du Yacht-Club de Monaco et ambassadeur de Team Malizia, fondé en 2016 par Pierre Casiraghi, vice-président du Yacht-Club de Monaco. Malizia Explorer est le voilier de recherche scientifique de la Team Malizia, née en 2016 au Yacht-Club de Monaco sur une initiative commune de Pierre Casiraghi et Boris Herrmann.

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