Alfonso Ciulla Directeur Artistique Monte-Carlo Société des Bains de Mer
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Monte-Carlo Jazz Festival : entretien avec Alfonso Ciulla, directeur artistique de Monte-Carlo Société des Bains de Mer

Mis à jour le 04 Décembre 2025

Porté par la vision et la passion de son fondateur, Jean-René Palacio, le Monte-Carlo Jazz Festival vient de fêter ses 19 ans. Ce rendez-vous au cœur de l’automne a su progressivement s’imposer, faisant de la Principauté une scène incontournable du jazz actuel.

Rencontre avec Alfonso Ciulla, directeur artistique de Monte-Carlo Société des Bains de Mer, qui revient sur l’édition 2025 tout juste achevée et dévoile ses ambitions pour les prochains 20 ans du festival.

Quel a été le succès de l’édition du 20 au 29 novembre 2025 ?

Alfonso Ciulla : Nous avons atteint un niveau de fréquentation inédit, avec des soirées presque toutes sold-out, ce qui ne s’était jamais produit. Mais ce que je retiens avant tout, c’est l’enthousiasme du public. Une salle vivante, chaleureuse, debout, totalement engagée. Le soir du concert d’Ibrahim Maalouf qui a eu du retard en raison d’une succession de problèmes de transports, les spectateurs sont restés jusqu’à minuit pour l’accueillir, puis ont vécu un moment d’une intensité rare. J’aime que les gens puissent dire « J’y étais ». Ces petites péripéties qui se terminent d’une si heureuse façon justifient tous les efforts.

Quels ont été les moments les plus marquants ?

Alfonso Ciulla : Chaque soirée a eu son identité. Yuri Buenaventura, par exemple, a transformé la salle en piste de danse en donnant littéralement un cours de salsa improvisé avec sa générosité habituelle. Ce qui m’a frappé, c’est que malgré des esthétiques très différentes, chaque concert avait la même qualité d’écoute, la même ambiance positive. Et le public changeait totalement d’un soir à l’autre, ce qui est la preuve que notre programmation attire des univers variés sans jamais perdre son niveau de qualité.

Monte-Carlo Jazz Festival Monaco
Opera Garnier Monaco

La salle semble jouer un rôle essentiel dans cette dynamique…

Alfonso Ciulla : Le public porte les artistes et la salle contribue à cette alchimie. La Salle Garnier est exigeante, elle ne permet pas la demi-mesure. Mais quand la magie opère, elle offre une proximité et une chaleur extraordinaires. Les artistes le sentent et s’y adaptent naturellement. Et pour le public, c’est un espace qui invite à vivre le concert pleinement. Ce lieu de spectacle affirme incontestablement l’identité du festival.

Le jazz n’était pas historiquement lié à Monaco. Il l’est devenu avec le Monte-Carlo Jazz Festival ?

Alfonso Ciulla : Oui, très clairement ! Monaco est désormais une scène reconnue dans le monde du jazz. Je l’ai vécu comme spectateur avant de l’expérimenter comme programmateur : les artistes connaissent le festival, savent comment sonne la salle, et considèrent la Principauté comme une étape importante dans leur planning de tournées. C’est le résultat du travail visionnaire de Jean-René Palacio, qui a créé un ADN artistique solide. Aujourd’hui, je cherche à prolonger cet héritage avec ma propre sensibilité. Le jazz évolue, des grands noms disparaissent, la relève se construit : il faut donc explorer un genre ouvert, qui se réinvente sans cesse, sans pour autant renier ses fondations.

Comment adaptez-vous la programmation à ces évolutions du jazz et de son public ?

Alfonso Ciulla : Nous devons aller chercher le public, l’attirer vers des formes auxquelles il n’est pas habitué. Cela passe par des propositions hybrides, des doubles plateaux, des artistes qui élargissent le spectre. Avec Reno Di Matteo, co-programmateur du festival, nous travaillons sur un jazz vivant, qui dialogue avec d’autres influences. L’idée n’est pas de moderniser pour moderniser, mais d’accompagner l’évolution naturelle de cette musique, en respectant son essence. Il faut de la curiosité, de l’audace, mais aussi de la fidélité à l’esprit du festival.

Monte-Carlo Jazz Festival Monaco

Cette édition était concentrée sur une semaine complète. Est-ce la bonne formule ?

Alfonso Ciulla : Pour moi, oui. Avec un véritable format de festival, un récit se crée. Les atmosphères, des conférences, des rencontres donnent du souffle. Et puis, cela nous offre plus de flexibilité dans le choix des artistes qui ne sont pas toujours disponibles les vendredis ou samedis. En s’ouvrant à d’autres jours, on préserve notre ligne artistique sans compromis. Quand le public veut voir un artiste, il vient, quel que soit le jour de programmation. C’est une liberté précieuse.

En 2026, le festival fêtera ses 20 ans. Comment envisagez-vous cette édition anniversaire ?

Alfonso Ciulla : Avec beaucoup d’enthousiasme ! Nous avons déjà des premières pistes et presque trois artistes confirmés. L’objectif est de marquer ce vingtième anniversaire avec des nouveautés, des projets originaux et des artistes qui ont contribué à l’histoire du festival. J’aimerais aussi imaginer des événements autour de la salle, en lien avec les institutions locales. Ce sera une édition exceptionnelle. Et je n’oublie jamais de rappeler ce que l’on doit à Jean-René Palacio : c’est un devoir de mémoire, mais aussi un moteur qui nous encourage à donner le meilleur de nous-mêmes.

Monte-Carlo Jazz Festival Monaco

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